Des manifestants bastonnés par la police et Le rassemblement des syndicats autonomes empêché par le service d'ordre
Les cris fusent de partout : « Barakat », « y en a marre », « à bas la répression ». Les manifestants arrivent à la rue Larbi Ben M’hidi. Mais les services de sécurité sont sur place et ont déjà bloqué les accès qui mènent vers le Palais du gouvernement qui devait « accueillir » en cette matinée de mardi le rassemblement auquel ont appelé les syndicats autonomes de la Fonction publique.
Organisés en petits groupes, les manifestants tentent, tant bien que mal, de forcer le dispositif de sécurité mis en place. Sans y parvenir. Les policiers antiémeute, qui contrôlent les alentours du palais, ne leur laissent aucune chance. « Reculez ! Faites demi-tour, ne restez pas là, aya bougez-vous ! », ordonne un officier de police. Nous sommes venus faire un rassemblement pacifique », lui réplique un syndicaliste, qui finit par être bousculé, avant que l’officier lui précise : « Nous suivons les ordres. » Des renforts des forces de maintien de l’ordre arrivent. En quelques minutes, ils dispersent les syndicalistes par la force. Aucun des manifestants n’a pu rejoindre le lieu du rassemblement prévu à 11h. Face à cette mobilisation policière impressionnante, ils résistent. Certains retirent de leur sac des banderoles qu’ils exhibent en pleine rue avant que des policiers ne les leur arrachent à coups de poing. D’autres réussissent à échapper à la vigilance des policiers et montent les escaliers donnant sur la rue Docteur Saâdane longeant le palais. Mais l’accès est fermé par des haies de sécurité. Ils se rassemblent donc sur les escaliers, exhibant quelques banderoles sur lesquelles est écrit « Halte à la misère sociale » ou encore « Arrêtez le pourrissement » et scandant quelques slogans comme « Libertés syndicales » ou « Vives les syndicats autonomes ». Cela dure seulement quelques minutes, car les manifestants ont été vite roués de coups de matraque. De telles scènes défilent durant plus de 40 minutes. Les services de sécurité emploient tous les moyens pour disperser les manifestants, lesquels luttent cahin-caha contre la « répression » qui s’abat sur eux. N’arrivant plus à distinguer les manifestants des passants, les services de sécurité s’en prennent à tout le monde : femmes, enfants, vieilles et vieillards...
Pas de trêve sans dialogue
Tenu devant le palais du gouvernement
Le sit-in de l’Intersyndicale empêché
Sept enseignants ont été interpellés lors du rassemblement devant le Palais du gouvernement. Les syndicalistes dénoncent ce comportement qualifié d’ “irresponsable”.
Les fonctionnaires qui espéraient, à travers leur action d’hier, que le gouvernement, lâcherait du lest ont vite déchanté. Les contestataires ont subi la foudre des éléments de la Sûreté nationale, lors de leur tentative de sit-in devant le Palais du gouvernement.
Un important dispositif de sécurité, bouclier à la main prêt à intervenir, est placé aux alentours des ruelles menant vers le Palais du gouvernement, à Alger-Centre.
Il est 10h30, une marée humaine dont certains venus d’autres wilayas, dont la majorité représente le secteur de l’éducation nationale, ont tenté de franchir le dispositif sécuritaire pour accéder au lieu du rassemblement afin de convaincre l’Exécutif d’ouvrir le dialogue avec les syndicats autonomes.
Les fonctionnaires ont été bousculés, malmenés puis empêchés d’accéder à la chefferie du gouvernement. Ils ont été bloqués au niveau de la Grande-Poste, où ils ont tenu leur sit-in qui a duré près de 30 minutes avant d’être dispersés par la brigade anti-émeutes. Sept enseignants parmi les grévistes ont été interpellés puis relâchés quelques heures après. “Le gouvernement a utilisé tous les moyens, notamment musclés pour résoudre le problème des fonctionnaires, à l’exception de la négociation qui est pourtant l’unique clé pour le règlement de tous les conflits des travailleurs algériens”, s’indigne Lamdani, responsable de l’information au Conseil national des professeurs de l’enseignement secondaire et technique. Percutant, notre interlocuteur a rappelé que les fonctionnaires ne font pas grève par gaieté de cœur, ni pour l’exhibition, mais plutôt pour faire pression et rendre visible leur mécontentement social. “Nous sommes indignés par le comportement irresponsable du gouvernement qui fait la sourde oreille devant le marasme des travailleurs de la Fonction publique. Négocier avec les syndicats autonomes est le seul moyen d’aller vers une issue de secours avant d’arriver au pire comme cela s’est fait récemment dans certain pays”, déclare un médecin fonctionnaire.
On retrouve ce discours prônant l’ouverture de dialogue avec le gouvernement sur toutes les lèvres des syndicalistes qui ont appelé à la grève. Les professeurs, docents et maître-assistants des sciences médicales, ont décidé eux aussi, lors de leur rassemblement qui s’est tenu hier dans l’enceinte de l’hôpital Mustapha-Pacha, de hausser le ton et d’aller vers un durcissement du mouvement en concertation avec la coordination nationale des syndicats autonomes de la Fonction publique.
À main levée, ils ont voté pour le boycott global des travaux scientifiques et toutes collaborations avec le ministère de la Santé. “Il faut négocier avec les syndicats autonomes et ouvrir le débat sur le point indiciaire. Les fonctionnaires s’apercevront rapidement que leur fiche de paie a été gonflée et ne représente pas les valeurs promises par le gouvernement notamment le diplôme et le nombre d’années d’études”, a souligné M. Djidjik, responsable du syndicat autonome des maîtres- assistants des sciences médicales.
auteur HOUARI Kaddour
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