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ALGERIE le 19 juin 1965

ALGERIE le 19 juin 1965

Publié le 13/06/2009 à 07:50 par chlef
ALGERIE le 19 juin 1965

Houari Boumediene et le contexte socioéconomique du «boumedienisme»

Volontarisme, mythe égalitariste et limites objectives d’une politique

Que s'est-il passé le 5 juin 1965 en Algérie ? Un coup d'Etat fomenté par le colonel Boumediene contre le président civil Ben Bella. L'Algérie venait à peine de naître à son indépendance. Des divergences énormes existaient entre les dirigeants de la révolution, surtout pour des questions de leadership. De ce fait, le pays était réellement menacé de guerre civile. Boumediene, pas plus que sa victime Ben Bella, n'avait de légitimité démocratique. Le coup d'Etat s'inscrit dans le prolongement de ces divergences, il en est la cristallisation et, tout à la fois, le dénouement. Un coup d'Etat est un coup d'’Etat, condamnable en soi, mais ignorer son contexte conduit à défigurer sa nature. Les acteurs des deux parties ont donné leurs versions, c'est à l'histoire qu'il appartiendra de trancher. Le coup d'Etat du 5 juin 1965 est condamnable sur le plan du principe, il n’y a pas de doute là-dessus. mais sur le plan de la réalité, il y a forcément des nuances importantes à tout jugement définitif. Parmi lesquelles celle-ci : un homme avait pris le pouvoir grâce au soutien déterminant d'un autre homme dont il a voulu par la suite se passer. L'affrontement devait être inévitable, il le fut. La démocratie n'y a rien gagné, et on aura beau aujourd'hui, plus de quarante années plus tard, dire qu'elle avait ses chances sans ce coup d'Etat, aucun historien sérieux ne pourrait l'affirmer. Il reste que pour le pays en général, la stabilité était de mise, à un moment où personne n'aurait parié un douro sur elle. Du moins jusqu'au décès du colonel président. Faut-il pour autant rendre hommage à un procédé que tout bon sens, toute morale, condamnent sans appel ? Non bien sûr. Il suffira alors de dire que le coup d'Etat du 5 juin 1965 a consacré une triste réalité, dont il est la conséquence immédiate, et qu'il a tenté paradoxalement de dépasser, non sans un certain succès. C'est tout le gris-clair d'une époque dont nous sommes les héritiers aujourd'hui.

Sur la période de quarante-sept ans après l’indépendance du pays, les treize années du règne de Houari Boumediene (1965-1978) paraissent encore aux yeux de beaucoup d’Algériens d’aujourd’hui comme les plus présentes et les plus prégnantes.

Même pour la jeune génération qui ne se souvient que confusément de la période Chadli Bendjedid, le mythe a fait son effet et, de ce fait, les jeunes ont une connaissance presque parfaite du legs de l’homme du Conseil de la Révolution.

Cette forme de «mythification» a joué dans les deux sens ; c’est-à-dire aussi bien pour les fanatiques et inconditionnels de l’homme des trois révolutions que pour ses détracteurs accusés à l’époque de «réactionnaires», «cinquième colonne» et autres «partisans du néocolonialisme». Pour tout dire, c’est une période et un règne qui ont laissé leurs traces dans la marche de l’Algérie actuelle, et ce, dans presque tous les domaines de la vie économique, sociale et culturelle.

Avec les conquêtes sociales de l’époque et le souvenir encore vivace d’une guerre atroce qui aura duré presque huit ans, le mode d’accès au pouvoir du colonel Boumediene – un coup d’Etat classique présenté comme un «redressement révolutionnaire» – a fini presque par être relégué au second plan, voire oublié par ses admirateurs parmi le peuple. Il n’était un point de fixation que chez une «élite» politique qui se faisait un «point d’honneur» de rappeler que le colonel n’a pas été élu au suffrage universel. Quelle que soit notre position vis-à-vis d’une politique qui était la sienne, l’on ne peut cependant nier le suffrage dont il jouissait auprès des pauvres, des opprimés et des offensés. Ces catégories, chair à canon de l’ordre colonial et main-d’œuvre taillable et corvéable à merci, avaient le sentiment, sous le règne de Boumediene, d’être regardés et traités comme des êtres humains. Les promesses de la révolution – où le désir légitime de promotion sociale s’est confondu avec certains fantasmes (par exemple de vivre en ville pour remplacer le «gaouri» et dans un égalitarisme parfait qui exclurait les contrastes sociaux – ont trouvé dans l’œuvre de Boumediene un début d’application dans une euphorie si intense et si générale qu’il ouvrait en même temps la porte à toutes sortes de dérives populistes. Ces dernières n’ont été reconnues comme telles que plus de dix ans après la disparition de leur inspirateur.

Avec le regard d’aujourd’hui, il est certainement trop facile de reprocher au règne de Boumediene l’absence de démocratie et la pratique d’un pouvoir personnel. Ce serait vite oublier que, en plus de la fraîcheur de notre indépendance et du taux considérable d’analphabètes (plus de 80% de la population), la bipolarisation stricte de l’ordre du monde de l’époque ne laissait quasiment aucun choix aux pays libérés du colonialisme. Ils étaient sommés de suivre l’axe de Moscou ou celui de Washington. Pour l’Algérie, ce fut plutôt Moscou, même si une certaine marge d’autonomie avait permis au président Boumediene de nouer de bonnes relations avec des pays occidentaux.

Dans la gestion des affaires de l’Etat comme dans les choix économiques et sociaux développés par Houari Boumediene, il est difficile d’établir une relation de cause à effet entre sa formation (la Zitouna en Tunisie, puis l’université d’El Azhar du Caire) et la pratique du terrain qu’il a eu à exercer. C’est plutôt à partir de son extraction sociale modeste et de son action sur le terrain pendant la guerre de Libération qu’il faut peut-être chercher à savoir l’idée qu’il se fait de l’action politique et de la gestion économique.

La fin de la «période d’observation»

L’accession de Houari Boumediene à la tête de l’Etat algérien un certain 19 juin 1965, au-delà de son aspect événementiel et de l’entorse au formalisme juridique qu’il charrie, correspond à la fin d’une «période d’observation» de trois ans au cours de laquelle les Algériens ont voté par un «oui» écrasant au référendum d’autodétermination, crié leur révolte et leur indignation face à la guerre des wilayas, reçu une Constitution rédigée et annoncée dans une salle de cinéma et, enfin, vécu dans le déchirement les maquis du FFS et la répression qui s’en est suivie. Ce fut également pendant ces années-là que furent publiés les décrets relatifs à l’autogestion des fermes agricoles abandonnées par les colons (mars 1963). D’autres collectivisations presque anarchiques ont été décidées sous le règne de Ben Bella.

Cet intervalle de flottement a été mis à profit par Boumediene pour asseoir son autorité sur l’armée en tant que ministre de la Défense et pour se rapprocher de Djamal Abdelnacer qui donna déjà sa «bénédiction» à Ben Bella en 1963.

C’est au cours de ces années d’euphorie et d’interrogations (1963-1965) que les populations et l’encadrement européen d’Algérie quitteront en masse le pays. Juste après le cessez-le-feu, les premiers départs furent inévitablement ceux ayant affecté les Français et autres Européens impliqués dans l’organisation de l’OAS, ainsi que les harkis. Les administrations, les écoles et les entreprises gardèrent encore leurs personnels européens rejoints peu à peu par les Algériens. Cependant, les orientations «socialisantes» de Ben Bella et autres comportements hyper-nationalistes décidèrent peu à peu les Européens à partir vers la Métropole et à céder les organes du pouvoir technique et administratif aux Algériens. Par une certaine ironie de l’histoire, des pieds-noirs reviendront quelques années après vers leur patrie de naissance dans le cadre de la coopération technique (enseignement scolaire et universitaire, entreprises nationales…)

Une fois installé comme organe de direction du pays, le Conseil de la Révolution traitera le régime de Ben Bella de tous les noms où la dictature, la soif du pouvoir et le pouvoir personnel rivalisent de présence. Une scène vidéo mise en ligne sur «You Tube» fait voir le responsable du parti du FLN de l’époque, Kaïd Ahmed, reprocher à Ahmed Ben Bella son «amateurisme» et son goût immodéré pour le «pouvoir personnel». Les analystes de la période postérieure, celle de Boumediene en l’occurrence, seraient gênés de trouver des mots ou des chefs d’accusation plus incisifs ou plus éloquents. On sait dans quel état de disgrâce se retrouvera quelques années plus tard Kaïd Ahmed lui-même. L’histoire semble se répéter pour les gens qui veulent en ignorer le mouvement et la philosophie.

Cependant, mettant à profit les attentes du peuple en matière de désir de promotion sociale et usant de toute son intelligence d’homme de terrain, Houari Boumediene parvint en peu de temps à oblitérer le nom et le règne de Ben Bella. C’est une mythologie d’une nouvelle libération qui se met à l’œuvre.

«Un État qui survive aux hommes et aux événements»

Il faut admettre que la valeur et le poids qu’on a voulu donner à la déclaration du 19 juin 1965 sont ceux dont a bénéficié d’une façon sacrée la déclaration du 1er Novembre 1954. Lu à la radio le matin du 19, au moment où les chars de l’ANP avaient déjà pris position dans les coins les plus stratégiques de la capitale, ce texte servit de «missel» pendant les quelques années de vide institutionnel qui nous séparent de la Charte nationale de 1976. C’est pendant la nuit du 18 au 19 juin 1965 que, en même temps que l’arrestations de Ben Bella, eut lieu la saisie de l’épreuve d’Alger Républicain destinée à l’imprimerie. Ce que Ben Bella commença en matière de répression politique en interdisant le parti communiste algérien (PCA), Boumediene l’achèvera par l’interdiction du journal qui en exprimait les idéaux.

La déclaration du 19 juin, par-delà les accusation directes ou implicites de l’ancien régime, porte un bel idéal que Boumediene voulait sans doute sincèrement servir. D’ailleurs, onze ans plus tard, il réussira à le faire inscrire dans le préambule de la Charte nationale. Il s’agissait pour lui de fonder un Etat

«qui survive aux hommes et aux événements». Mais, à bien y regarder, ce beau principe n’était-il pas étouffé par une contradiction fondamentale, celle qui fit que l’édifice institutionnel et politique de l’époque fut d’abord la réalisation d’un homme, la vision et les vœux d’une personne, dût-elle être secondée par «un brain-trust» posté en arrière-fond ? C’est, en tout cas, ce qui se vérifiera très rapidement à la mort du président du Conseil de la Révoltion en décembre 1978 lorsque des voix nouvellement autorisées apprirent au peuple que la seule institution organisée est l’Armée nationale populaire, et c’est donc à elle qu’échoira la charge de désigner le successeur de Boumediene. A cette désignation, il fallait trouver une sacrée légalité : d’abord la personne désignée sera candidate, unique il est vrai, à une élection. Ensuite, répondant à des critères imparables : le plus ancien dans le grade. Il y a une seule personne dans les rangs de l’ANP qui répond à ce fameux critère : Chadli Bendjedid.

Volonté et limites de la politique de développement

Par-delà la vie institutionnelle et associative, verrouillée à la limite de l’étouffement, le règne de Houari Boumediene est surtout marqué, comme le retient la mémoire populaire qui en fait un mythe, par des conquêtes sociales indéniables et le fondement des bases économiques du pays. La lutte contre le sous-développement économique et culturel, censée prolonger et raffermir l’indépendance politique arrachée de haute lutte par le peuple algérien, fut l’élément moteur de la politique de Boumediene. C’est au travers de ses paradigmes et au nom de ses principes que seront menés concomitamment les plans de développement inhérents à l’industrie, à l’agriculture et aux infrastructures de base. C’est un «mouvement particulier de la société algérienne qui veut s’arracher, à travers de multiples obstacles, au sous-développement économique et social, produit de la domination impérialiste», comme le note le professeur en économie Mohamed Lakhdar Benhassine dans sa préface à l’ouvrage de Marc Ecrement intitulé Indépendance politique et libération économique (Un quart de siècle du développement de l’Algérie 1962-1985). Benhasssine ajoute : «L’industrialisation est un mouvement de la politique de développement qui oscille entre la volonté soutenue pour créer une base industrielle susceptible d’atténuer certaines formes de vulnérabilité de l’économie, et la réalité de la diversification et de l’approfondissement de cette vulnérabilité, de cette dépendance de l’activité économique vis-à-vis du marché capitaliste international». 

Des analystes font généralement la distinction entre, d’une part, la voie auto-gestionnaire de Ben Bella commencée dans les fermes abandonnées par les colons et confirmée dans le texte de la Charte d’Alger de 1964, et d’autre part, la démarche de Boumediene consistant à vouloir instaurer un Etat fort, centralisé et dont la politique de développement est basée sur la planification. Le premier recensement de la population après l’Indépendance fut réalisé en 1966 et établit une population de 12 millions d’habitants. Les premières nationalisations intervinrent entre 1967 et 1969 (six compagnies minières étrangères). C’est pendant cette période que les Assemblées populaires communales (APC) et les Assemblées populaire de wilaya (APW) ont été mises en place. Des programmes spéciaux pour corriger quelques équilibres de développement dans quatre wilayas ont été lancés, de même qu’un plan triennal (1967-1969) a été lancé à titre d’essai. Le nombre de wilayas est resté le même (15) que celui hérité de la colonisation. Ce n’est qu’en 1974 que ce nombre sera porté à 31.

La nationalisation des hydrocarbures le 24 février 1971, date anniversaire de la création de l’UGTA dans le feu de la guerre en 1956, demeurera l’un des «mythes fondateurs» de la politique de Boumediene orientée vers le «patriotisme économique». C’est la même année, 1971, que fut aussi promulguée la Charte de la Révolution agraire et adopté le système de la Gestion socialiste des entreprises (GSE).

Ces choix socialistes seront confirmés et approfondis dans la Charte nationale de 1976 que le gouvernement de Boumediene soumit à un référendum. Ce document fondamental de la politique de Boumediene affirme que «le socialisme en Algérie se propose un triple objectif : la consolidation de l’indépendance nationale, l’instauration d’une société affranchie de l’exploitation de l’homme par l’homme et la promotion de l’homme et son épanouissement».

De grandes entreprises publiques ont été créées aussi bien dans le domaine de la production que dans celui de la commercialisation. C’est, d’une façon quasi exclusive, l’Etat qui produit, qui distribue, qui achète et qui vend.

Débuts de la dépendance et déclin du boumedienisme

Les limites de ce système d’organisation commenceront à voir la jour vers la fin du règne de Boumediene. La part des hydrocarbures dans le produit intérieur brut (PIB) était de 30% en 1970. Il ne cessera de croître et de dominer la vie économique. Il dépassera 50% du PIB au début du règne de Chadli Bendjedid. Et on connaît la suite de l’histoire lorsque, en 1984, les prix du baril déclineront rapidement pour aboutir à 8/10 dollars en 1986. L’explosion d’octobre 88 était déjà à nos portes.

La relation «charnelle» entre l’Algérie et le pétrole a débuté, dans une belle épopée, il y a plus d’un demi-siècle. La nature a doté notre pays d’immenses réserves pétrolière et gazières dont on n’a  sondé apparemment qu’une partie. Depuis le milieu des années cinquante, sous la domination coloniale, le destin économique et social du pays sera progressivement transformé en fonction de la fortune qui sera réservée à l’exploitation d’une énergie qui finira par prendre  dans ses griffes l’économie mondiale dans sa globalité. Le président Boumediene a été élu en 1973 président du Mouvement des pays non-alignés lors de la 4e conférence des chefs d’Etat de ce Mouvement à Alger. La montée en puissance de ce mouvement, couplée avec le poids de l’OPEP comme cartel pétrolier, va peser de son poids sur la scène mondiale.

Le succès de l’OPEP en 1973 a marqué le point culminant d’une évolution progressive des forces en présence dans le sens d’une augmentation de la puissance des pays exportateurs. Les plus importantes de ces forces étaient les suivantes : l’évolution du rapport entre la demande et l’offre mondiales de pétrole, la détermination de plus en plus affirmée des nations arabes riches en pétrole de s’en servir comme d’une arme contre Israël, et une série de modifications dans la situation pétrolière des Etats-Unis. La demande mondiale de pétrole brut a augmenté rapidement jusqu’en 1973. La consommation mondiale d’énergie a augmenté à un taux d’un peu plus de 5% par an entre 1950 et 1972.

La part du pétrole dans la consommation mondiale d’énergie est passée au cours de la même période de 29% à 46%, si bien que la consommation de pétrole a elle-même augmenté d’environ 7,5 % par an, taux de croissance bien supérieur à celui de la production mondiale de l’ensemble des produits. L’offre mondiale de pétrole brut a augmenté au moins aussi vite que la demande mondiale. Les réserves prouvées représentaient à la fin de 1972 environ 34 ans de consommation mondiale. On était parvenu à maintenir, bon an mal an, ce rapport entre les réserves et la consommation annuelle, en dépit de la croissance rapide de la consommation de pétrole à partir du milieu des années cinquante.

Mais la demande mondiale a augmenté beaucoup plus vite que l’offre des pays extérieurs à l’OPEP. Les découvertes pétrolières postérieures à la seconde Guerre mondiale ont été très inégalement distribuées entre les pays.

«La main invisible d’Allah a doté l’OPEP de l’essentiel du pétrole mondial», ironisent deux professeurs MIT (Massachusetts Institut of Technology), Lindert et Kindleberger, dans leur ouvrage collectif intitulé Économie internationale.

En effet la part des pays de l’OPEP dans la production mondiale de pétrole brut est passée d’environ 20% en 1938 à plus de 40% en 1960, date de la création de l’OPEP, pour atteindre plus de 50%  à la veille du premier choc pétrolier.

En octobre 1973, à l’occasion de la guerre isrëlo-arabe dite du Kippour, les pays arabes adoptent des mesures d’embargo sur leurs livraisons de brut ; l’OPEP en profite pour décider unilatéralement des hausses des prix. En l’espace de six mois, le prix du baril du brut de référence est passé de 2,9 dollars à 11,6 dollars.

La montée en flèche du poids des hydrocarbures dans l’économie algérienne constituera un «piège» qui sera rapidement renforcé par l’échec de la politique agricole basée sur les nationalisations. Outre le fait que les 2 millions d’hectares des terres agricoles relevant du domaine privé de l’Etat (anciennes fermes coloniales) vivaient un flottement préjudiciable en matière de gestion, ce qui annonçait déjà l’échec de cette forme d’organisation, les terres nationalisées dans le cadre de l’application des principes de la Révolution agraire n’étaient pas livrées à meilleur sort. Le régime de Boumediene se «permit» de monter des ennemis contre lui parmi les anciens propriétaires de ces terres.

L’industrie industrialisante avait le double inconvénient de l’impréparation et du gigantisme. Les usines étaient réalisées clefs en main, ce qui entraîne une dépendance technologique totale lorsqu’il s’agit d’opérer des entretiens techniques et un renouvellement des équipements ou pièces de rechange. A cela s’ajoute le problème du marché dont les débouchés n’avaient aucune garantie.

En outre, un certain élan démagogique, entretenu idéologiquement par les ténors et les activistes du parti unique, a fini par éloigner les unités de production de la gestion rationnelle. Les pléthores du personnel improductif et les découverts bancaires étaient plutôt une règle qu’une exception.

La fin du règne de Boumediene sur le plan économique et social est caractérisée par une base industrielle bien disséminée mais fortement vulnérable sur le plan technologique et sur le plan de la disponibilité des matières premières ;  un secteur agricole fortement destructuré qui a du mal à maintenir les performances techniques et économiques du régime colonial ; un secteur des services qui commençait à prendre de l’ampleur à la faveur des la montée en puissance de la rente pétrolière.

En tout cas, tout jugement «rétroactif» (anachronique et non contextualisé) de la politique économique suivie par Boumediene ne peut avoir une valeur épistémologique efficace. En outre, toute tentative de ce genre devrait prendre en compte la personnalité du principal acteur de ce régime, à savoir le président Boumediene lui-même, sur le plan moral et des intentions qui ont nourri son action politique.

Répression, torture, exil

 




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