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Algérie: Abdelaziz Bouteflika et les siens

Algérie: Abdelaziz Bouteflika et les siens

Publié le 15/06/2009 à 09:44 par chlef
Algérie: Abdelaziz Bouteflika et les siens

Le président Bouteflika est assuré d'être réélu le 9 avril pour un troisième mandat. Mais, depuis dix ans, il est loin d'être seul à tenir le pays. Qui l'appuie, quels sont ses réseaux, quel rôle joue sa famille? L'Express a enquêté.

C'est un scrutin sans suspense : Abdelaziz Bouteflika sera réélu, le 9 avril, président de l'Algérie. Ainsi en sont convenus, une fois encore, ceux que les Algériens appellent les "décideurs", poignée de hauts gradés qui gravitent autour du tout-puissant patron des services de renseignement, le général Mohamed Mediene, dit "Toufik".

L'Express interdit en Algérie

L'Express daté du 2 avril, qui contient cet article, n'a toujours pas pu être distribué en Algérie. Interdiction, censure, rétention d'informations? LEXPRESS.fr fait le point ici.

Et Christophe Barbier réagit à cette "censure inacceptable" dans son édito vidéo, là.

Le chef de l'Etat a obtenu leur feu vert il y a plusieurs mois déjà, lorsqu'ils l'ont autorisé à faire voter par le Parlement un amendement à la Constitution mettant fin à la limitation du nombre de mandats présidentiels. Le texte a été adopté le 12 novembre 2008 par les élus des deux chambres.

Depuis ce jour, Bouteflika sait qu'il restera à son poste aussi longtemps que Dieu lui prêtera vie. Résultat : aucun des ténors de la classe politique n'a souhaité endosser le rôle du challenger.

Pourquoi les "décideurs" ont-ils choisi d'adouber Abdelaziz Bouteflika pour un troisième mandat, en dépit de son âge - 72 ans - et de sa santé défaillante? Parce qu'il leur aurait, comme on le murmure, confié qu'il souhaitait mourir au pouvoir? Faute de candidat de rechange? Il y a peut-être un peu de tout cela.

Jusqu'ici, il a plutôt bien rempli la mission qui lui a été confiée

Mais la raison principale est ailleurs: le chef de l'Etat, de leur point de vue, a plutôt bien rempli, jusqu'ici, la mission qui lui a été confiée.

Plantu/L'Express

Abdelaziz Bouteflika, vu par Plantu, dans L'Express daté du 9 avril.

Pour comprendre, il faut remonter une dizaine d'années en arrière. A l'époque, en 1999, la "sale guerre" contre les islamistes bat son plein, le pays est déchiré et l'image de l'armée est tellement dégradée que certains de ses chefs craignent de faire l'objet de poursuites judiciaires à l'étranger. Ils sont à la recherche d'une personnalité ayant de l'entregent, capable, une fois portée à la tête de l'Etat, d'allumer un contre-feu diplomatique et de faire en sorte que l'Algérie redevienne "fréquentable".

Deux hommes, de ceux qui pèsent au sein du sérail, vont se faire les avocats d'Abdelaziz Bouteflika, charismatique ministre des Affaires étrangères des années Boumediene : le très influent général à la retraite Larbi Belkheir, "parrain" de Toufik - le chef des services lui doit en partie sa carrière - et Abdelkader Koudjeti, un personnage de l'ombre, homme d'affaires et marchand d'armes. Toufik et les siens se laissent assez rapidement convaincre.

Engagé à 19 ans dans l'Armée de libération nationale, Bouteflika fait partie de la "famille". Pendant près de vingt ans, il a été le patron incontesté de la diplomatie algérienne, avant d'être écarté sans ménagements du pouvoir après le décès, en décembre 1978, du président Houari Boumediene.

REUTERS/Zohra Bensemra

Abdelaziz Bouteflika haranguant la foule lors d'un meeting électoral à Alger, le 6 avril 2009.

Le 15 avril 1999, le voilà élu président de la République. Habile à la manoeuvre, il va se servir des attentats du 11 septembre 2001 pour accélérer le rapprochement avec Washington, souhaité par les militaires. Il fait ensuite adopter un premier texte sur la "concorde civile", qui permet de consolider la trêve négociée par les militaires, peu avant son élection, avec les maquisards de l'Armée islamique du salut (AIS).

Ses vrais sponsors, ce sont les hommes d'affaires

Reste la question de l'impunité, qui obsède toujours les généraux algériens. Comment faire en sorte que personne ne puisse être rattrapé par l'Histoire, quel que soit le camp auquel il ait appartenu ? Faut-il une loi nouvelle, qui tournerait définitivement la page des années de sang ? La question est au coeur des discrets échanges qui ont lieu entre Bouteflika et le clan Toufik avant les élections de 2004. Réélu le 8 avril 2004, le président fait approuver par référendum un an plus tard, le 29 septembre 2005, sa Charte pour la paix et la réconciliation nationale, véritable loi d'amnistie générale.

Mission accomplie, donc. Mais, en dix ans, le chef de l'Etat s'est aussi employé à constituer ses propres réseaux. "Si le système est toujours le même, le jeu des équilibres internes est aujourd'hui plus favorable à Bouteflika qu'en 1999", assure un observateur, bon connaisseur du sérail. Belkheir et Koudjeti, les " parrains" du début, sont hors jeu.

 

 

 

En juillet 2004, le chef d'état-major, le général Mohamed Lamari, est poussé à la démission. Il est remplacé par un proche du président, Gaïd Salah. Son départ forcé permet un vaste remaniement : les commandants de quatre des six régions militaires ont été changés. Des nominations que Bouteflika impose avec l'aval du tout-puissant Toufik. Rivaux parfois, les deux personnages savent qu'ils ont un commun intérêt à s'entendre.

Les "années Bouteflika" se sont traduites par la montée en puissance, dans la haute administration et les entreprises publiques, de plusieurs protégés du chef de l'Etat, souvent originaires comme lui de l'ouest du pays : le chef du protocole de la présidence, Mokhtar Reguieg ; Moulay Guendil, dont Bouteflika a fait son chef de cabinet avant de le nommer ambassadeur à Rabat ; Zouaoui Benhamadi, qui dirige l'Agence nationale de gestion des grands projets culturels ; ou encore Toufik Khelladi et Nacer Mehal, les patrons de la radio et de l'agence de presse nationales. Autant de relais utiles... Mais ceux qui apparaissent de plus en plus au grand jour comme les vrais sponsors de Bouteflika, ce sont les hommes d'affaires.

Le Forum des chefs d'entreprise (FCE), le Medef local, soutient ouvertement la candidature du président à sa propre succession. Et la villa du quartier résidentiel d'Hydra, qui abrite son QG électoral, appartient à Reda Kouninef, un richissime patron dont les intérêts vont des travaux publics aux multimédias. La montée en puissance de ce lobby renforce incontestablement la main du chef de l'Etat

 

Le premier cercle, autour du président, est pourtant ailleurs. Après une traversée du désert d'une vingtaine d'années, Abdelaziz Bouteflika n'avait plus véritablement d'hommes liges lors de son élection, en 1999. Au sein du gouvernement, ses alliés se comptent toujours sur les doigts d'une main : Noureddine Yazid Zerhouni, ministre de l'Intérieur, dont il était proche autrefois ; Abdelaziz Belkhadem, démis en juin 2008, à la demande du clan Toufik, de son poste de Premier ministre et nommé depuis ministre d'Etat ; le chef de la diplomatie, Mourad Medelci ; la ministre de la Culture, Khalida Toumi...

La vraie garde rapprochée du chef de l'Etat, depuis son retour, c'est sa famille. Sa mère, Mansouriah, règne aujourd'hui encore, à plus de 90 ans, sur le clan, à la manière d'une mamma sicilienne. Son président de fils lui voue une admiration sans bornes. Il est rare qu'il prenne un engagement important sans lui demander son avis. Très croyante, elle serait, dit-on, à l'origine de son retour à la religion, au lendemain de son hospitalisation, en novembre 2005, à l'hôpital du Val-de-Grâce, à Paris, officiellement pour un ulcère hémorragique de l'estomac. Elle l'aurait même convaincu d'aller remercier Dieu de sa guérison en effectuant un pèlerinage à La Mecque, avant que Toufik, qui craignait que le convalescent ne supporte pas le voyage, mette le holà à ce projet.

Le chef de l'Etat est aussi resté très proche de ses quatre frères et de sa soeur. Secrétaire général du ministère de la Formation professionnelle, Abderrahim est le plus discret. Avocat au barreau de Paris, Abdelghani a surtout fait parler de lui lors de l'affaire Khalifa, une société d'abord soutenue puis lâchée par le pouvoir, dont la banqueroute frauduleuse donnera lieu en 2006 à un énorme scandale. Mustapha, médecin personnel du président, joue un rôle essentiel compte tenu de sa santé.

Le président Bouteflika est resté très proche de ses frères et de sa soeur. Ici, avec Abderrahim, à g., et le benjamin, Saïd, l'"oeil du roi", à droite.

La seule fille de la famille, Latifa, tient sa maison - une grosse villa dans le quartier huppé d'El-Biar - et lui mitonne ses plats favoris. Selon un familier du sérail, elle se serait vu attribuer par "décret non publiable" le titre de conseiller. Mais le personnage le plus important de la fratrie est sans aucun doute le benjamin, Saïd, tout à la fois directeur de cabinet du président, grand chambellan et porte-parole, voire même joker, lorsque la maladie oblige le chef de l'Etat à s'éclipser.

L'homme clef? Saïd, son jeune frère. Il le suit comme son ombre

Ces jours-ci, il fait en plus office de directeur de campagne, même si le poste a été officiellement confié à Abdelmalek Sellal, par ailleurs ministre des Ressources en eau. Saïd est l'« oeil du roi ». C'est lui qui reçoit les hommes d'affaires, les chefs des zaouïas (confréries traditionnelles), les directeurs de l'administration ou les dirigeants d'associations. Lui encore qui introduit et adoube. En campagne, il suit son frère comme son ombre, ne ratant aucun meeting. Ancien élève de l'école polytechnique d'El-Harrach, il a été, dans une autre vie, prof de physique à l'université Houari-Boumediene des sciences et des technologies. A l'époque, il flirtait avec le trotskisme et il était très engagé dans le syndicalisme enseignant.

Peut-il être considéré comme un possible dauphin ? Peu croient à cette thèse : Bouteflika reste, souligne un analyste, un "actionnaire minoritaire" de la maison Algérie... Or c'est le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui aurait les faveurs du clan Toufik. La bataille pour la désignation d'un successeur a été mise entre parenthèses à la fin de l'an dernier, lorsque les deux clans ont renoncé, faute d'accord, à créer un poste de vice-président dans le cadre de la réforme constitutionnelle. Gageons qu'elle reprendra de plus belle au lendemain du scrutin.

En attendant, Abdelaziz Bouteflika fêtera, le 15 avril, ses dix années à la tête de l'Algérie. Une belle revanche pour celui qui avait vécu comme une trahison, il y a trente ans, son éviction

 

Abdelaziz Bouteflika de plus en plus affaibli.

 

 

De quoi Abdelaziz Bouteflika, souffre-t-il au juste? On savait que le président algérien était sous dialyse depuis son accession au palais de la Mouradia en 1999. On savait aussi qu’il avait subi une intervention chirurgicale rénale en 1985 aux Etats-Unis. Mais, depuis sa dernière admission à l’hôpital militaire Val de Grâce, le mercredi 19 avril 2006, on commence de plus en plus à évoquer une maladie beaucoup plus grave: un cancer de l’estomac. Selon la version officielle, la réadmission de Bouteflika, intervenue cinq mois après une opération chirurgicale pour ulcère hémorragique de l’estomac, a été présentée comme une simple visite de routine pour suivi médical. Aujourd’hui, cette version suscite de nombreuses interrogations. Bernard Debré, le député UMP de Paris et chef du service urologie de l’hôpital Cochin, n’a pas caché son scepticisme. Cinq mois auparavant, il avait déclaré: «Il est très difficile de faire un diagnostic. S’il est vrai qu’il a commencé par une hémorragie digestive, il est vraisemblable qu’il s’agisse d’un cancer de l’estomac». Aujourd’hui, il récidive sur les colonnes du journal français Le Parisien en affirmant: «On ne doit pas nous prendre pour des naïfs. Ce qu’on nous annonce ne cadre pas avec ce qui se passe. Quand un ulcère hémorragique a été traité puis guéri, il s’agit d’effectuer un simple contrôle fibroscopique, qui peut être fait dans n’importe quel hôpital algérien. On peut se demander pourquoi Bouteflika vient à Paris pour un contrôle aussi simple».
L’étonnement est d’autant plus permis lorsque l’on sait que trois jours à peine avant sa deuxième hospitalisation à Paris, le président algérien avait jeté l’opprobre sur l’ancien colonisateur français, coupable selon lui de «génocide identitaire en Algérie». Chose que n’a pas manqué de relever Jean Marie le Pen, le président du Front National, qui s’est dit «scandalisé que Abdelaziz Bouteflika se permette de dire cela publiquement et, le lendemain, d’être chez nous pour se faire soigner». C’est donc en pleine crise diplomatique que ce voyage est intervenu. Ce qui fait dire à certains observateurs en France, comme en Algérie, que la sortie virulente de Bouteflika prouve que son hospitalisation n’était pas prévue de longue date, mais qu’elle est due à une brusque aggravation de son état de santé.
“On le voit mal en effet s’en prendre aussi violemment à la France cinq jours avant de venir y effectuer un contrôle médical”, écrit Libération. Tandis que pour Le Figaro cette nouvelle hospitalisation serait la troisième depuis l’intervention chirurgicale de décembre 2005.
Le Parisien y va quant à lui directement et affirme: «Ces fréquentes visites accréditent la thèse d’une maladie beaucoup plus grave qu’un simple ulcère: un cancer de l’estomac». Pour couper court à ces spéculations et rassurer l’opinion publique algérienne, Abdelaziz Bouteflika s’est empressé de rejoindre son pays,

 




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